La mort de notre frère, Hashem Azzeh, tué par l’armée d’occupation

A Hébron, le 21 octobre dernier, notre frère et ami Hashem Azzeh, 54 ans, a été abattu par l’armée d’occupation. L’inhalation excessive de gaz lacrymogène tiré par les soldats, lui a provoqué une crise cardiaque alors que  l’accès à l’ambulance, qui venait pour tenter de le sauver, a été bloquée par l’armée.

Hashem était un homme de paix et un militant palestinien passionné qui a résisté de manière pacifique toute sa vie à l’occupation israélienne. Hashem était un proche de l’association et nous avons souhaité lui rendre un dernier hommage.

En 1948, lors de la Nakba, sa famille a été expulsée de Jafaa et a acquis une maison près du centre ville d’Hébron. Suite à la signature du protocole d’Hébron en 1997*,  sa maison s’est retrouvée dans le secteur oriental, la partie de la ville  colonisée par prés de 400 colons (les chiffres varient entre 400 et 800) et « sécurisée » par prés de 4000 soldats.

IMG-20140104-00675Ne voulant pas quitter son domicile familial, il vivait en résistant quotidiennement aux pressions, menaces et agressions physiques que lui-même et sa famille subissaient. Juste au dessus de sa maison, (en jaune sur la photo), vivent des colons provenant majoritairement des États-Unis. L’un d’eux est l’un des fondateurs de la LDJ, groupuscule extrémiste qui sévit en France mais interdit aux États-Unis. Malgré, des propositions financières (entre 10 et 20 millions de dollars) très importantes qui lui ont été proposées à plusieurs reprises, Hashem a n’a jamais voulu céder. Pour lui, « rester, c’est résister » et « la résistance n’a pas de prix ».

Son histoire, c’est un peu l’histoire de tous les palestiniens. Humiliations, passages à tabac,  emprisonnements arbitraires et privations des droits humains fondamentaux sont le quotidien de ce peuple vivant sous occupation. Hashem et sa famille n’ont pas été épargnés par ces traitements inhumains, bien au contraire. Ils ont également subi insultes, coupure de l’arrivée d’eau, tire à balle réelle sur la maison par leurs voisins colons sous le regard complice des soldats.  Mais les épreuves les plus marquantes ont été les multiples agressions dont certaines lui ont valu d’avoir la mâchoire et les deux pommettes fracturées. La lâcheté a été poussée à son paroxysme en s’attaquant également à sa femme. Agressée à deux reprises alors qu’elle était enceinte, elle a perdu ses bébés à 2 et 4 mois de grossesse.

Checkpoint à l'entrée de la colonie Depuis qu’il a été interdit, par une décision militaire, de quitter une périmètre correspondant à moins de 200 mètres de sa maison , il ne pouvait ni travailler, ni faire les courses, ni même se rendre à l’hôpital. Il occupait ses journées en accueillant quotidiennement  des délégations du monde entier. Des personnalités, comme Stéphane Hessel, lui avaient d’ailleurs déjà rendu visite. Il organisait des visites guidés en narrant l’histoire de sa ville, la vie sous occupation et ses effets destructeurs,  tout en illustrant ses propos avec l’histoire de sa vie.  Connu de tous, il avait la sympathie de nombreuses personnalités défendant la cause palestinienne. Noam Chomsky, pour ne citer que lui, en faisait parti.

Homme engagé, il a crée une association dans son quartier pour permettre à ses voisins de se rencontrer, de s’instruire et de développer une entraide face aux situations sécuritaires, sanitaires et sociales de plus en plus dégradés.

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Enfin, l’adage qui dit que « derrière chaque grand homme se cache une femme », est particulièrement vraie dans cette situation. Alors que son mari n’avait plus de revenu, elle dessinait et vendait ses œuvres à leurs visiteurs pour subvenir au besoin de la famille.

Nos pensées s’adressent à sa femme,  à ses enfants et à tous ses proches.

L’association présente ses sincères condoléances.

Repose en paix cher frère !

 

 

 

 

 

*le protocole d’Hébron est un « accord » concernant le redéploiement de l’armée israélienne à Hébron pour protéger la colonie juive qui y vit depuis la guerre de 1967. La ville a été divisée en deux secteurs, le secteur occidental (appelé aussi H1) avec plus de 100 000 palestiniens et le secteur oriental (appelé aussi H2) en lisière de la commune avec le quartier comprenant le Tombeau des patriarches et la nouvelle ville de Kirvat Arba, avec plus de 30 000 palestiniens pour 10000 colons juifs.